Alors qu'il fête ses 100 ans aujourd'hui, Jean-Paul Boudeville pratique toujours le tennis de table en compétition, chez lui, dans le Val-d'Oise. 

Il s'appelle Jean-Paul Boudeville et il joue pour le club de Beaumont-sur-Oise, dans le Val-d'Oise. Ou plutôt, il joue toujours ! Car Jean-Paul Boudeville a commencé le tennis de table en 1928. Quand ses parents lui ont offert pour Noël sa première raquette, il avait dix ans. Aujoud'hui, il fête ses 100 ans et toujours en tenue, la raquette à la main. C'est évidemment le plus âgé des licenciés de la Fédération française de tennis de table.

Vendredi 23 novembre, il participait encore aux championnats du Val-d'Oise par équipes, et il a même réussi à prendre quelques points à son adversaire de 14 ans. 86 ans d'écart des deux côtés de la table. Jean-Paul Boudeville ne gagne plus, mais pas question d'arrêter, c'est un compétiteur. Il a même disputé les mondiaux vétérans en 1992, il n'avait alors que 74 ans. Forcément, Jean-Paul Boudeville a un secret, pour être encore raquette à la main à 100 ans : un petit whisky le dimanche, le même bois de raquette depuis 80 ans et surtout une solide hygiène de vie. Il se nourrit de légumes et de viande blanche, comme un vrai sportif de haut niveau.

« Je ne conduis plus la nuit », précise-t-il, ce qui sous-entend que Jean-Paul Boudeville n’a pas renoncé totalement à prendre le volant.

Lors de cette soirée du vendredi 23 novembre, un joueur du club de Beaumont, Christian Rouleau-Pasdeloup vient chercher à son domicile beaumontois le licencié le plus âgé de la Fédération française de tennis de table. Direction Ezanville et le gymnase de la Prairie pour un tour du championnat départemental de 3eme division, où il dispute trois rencontres à 99 ans et 362 jours. Ce lundi 26 novembre, le compteur de l’existence, qui défile souvent trop vite, affiche trois chiffres : Jean-Paul Boudeville a 100 ans !

« Est-ce que je suis le doyen de Beaumont ? Je n’en sais rien »,

s’interroge-t-il. ÀÉzanville, où nous avons rendez-vous, il a apporté avec lui un petit dossier avec des articles de presse car les médias ont pas mal parlé de lui ces derniers mois. Il y a aussi cette feuille blanche où il a écrit : 

« Être centenaire m’a permis… » Il énumère : De vivre les bouleversements qu’ont été le remplacement de la lampe à pétrole au gaz et à l’électricité, de la voiture à cheval à l’automobile. » Il a ajouté, pêle-mêle :« Apparition de l’avion et de l’hélicoptère, du téléphone, de la photo, de la radiographie, de la télévision, de l’ordinateur. » Et cette observation qui rappelle ses trente années d’assureur jusqu’à sa retraite en 1984 : « Vingt-sept voitures, jamais de diesel (c’est de bon ton), un million et demi de kilomètres... »

La liste des inventions du 20e siècle ne comporte pas le téléphone portable et Internet. 

« Je ne veux pas en être esclave », justifie-t-il.

Une philosophie de vie cultivée depuis longtemps, très longtemps après avoir subi les orages de la vie. Jean-Paul Boudeville est né le 26 novembre 1918, quelques jours seulement après l’Armistice de la Grande guerre.

« C’est quelque chose que beaucoup ignore : un enfant né entre le 11 et le 30 novembre 1918 était surnommé  "petit père de la Victoire" pour un garçon, « petite mère de la Victoire’’ pour une fille. » 

Cependant la Victoire a un prix beaucoup trop lourd pour ses yeux d’enfant.

« Mes souvenirs de gamin, ce sont des hommes mutilés, des unijambistes, des gueules cassées… »

 Naître en 1918, c’est aussi la malchance d’avoir 20 ans peu avant la déclaration du seconde conflit mondial. Il est affecté à Istres, près de Marseille, où il s’attend « à une offensive italienne, mais je n’ai pas vu un seul soldat italien », sourit-il. À sa démobilisation en 1942, il trouve du travail à l’usine Benoto qui fabrique des bennes à Persan, grimpe très vite dans la hiérarchie : secrétaire général, directeur du personnel. Puis il se met à son compte en fondant un cabinet d’assurances et immobilier.


L’équipe du Ping pong club de Méru en 1935 : Jean-Paul Boudeville est accroupis et à gauche (document Jean-Paul Boudeville).

 Le sport est le fil conducteur de sa longévité. Son histoire avec le tennis de table commence à Noël 1928 lorsque ses parents lui offrent une raquette. 

« Je n’ai jamais arrêté, aujourd’hui j’ai la réputation d’être le plus fidèle aux entraînements du club, deux fois par semaine à la salle Léo Lagrange. » Sa spécialité ? « Le revers ! répond-il sans hésiter. J’ai été inspiré par le champion de France Charles Dubouillé, je l’avais vu à Méru en 1936, son jeu m’avait stupéfait. »

Cette année-là, il participe à la création du Ping pong club méruvien. En 1942, il s’installe à Beaumont, fonde la section tennis de table au Sport olympique de Persan-Beaumont dont le nom est inversé en 1958 lorsque le club déménage sur l’autre rive de l’Oise.

Outre le tennis de table, il a pratiqué le tennis, le football, le water-polo et la boxe. Ah la boxe ! Pour lui, 

« la meilleure préparation athlétique qui soit, un jeu de jambes identique à celui du tennis de table. » 

Il avait même construit un ring dans son jardin…

Jean-Paul Boudeville habite rue Louis Blanc, tout près de la salle Léo Lagrange, où il a formé des générations de jeunes pongistes, dont Mélanie, qui n'a pas oublié : 

« Un sacré Monsieur. Je garde de très bons souvenirs de lui et des années de tennis de table passées à ses côtés, raconte-t-elle. Je devais avoir 5 ou 6 ans, il a été adorable avec la seule fille du club avec qui il a passé de longues heures à apprendre à taper dans la balle contre un mur avant de pouvoir jouer sur une table. »

Il ne participe à aucune des activités réservées au club des aînés ; il est bien trop occupé pour cela et il tient d’abord à entretenir des rapports intergénérationnels. Au club, il joue contre des ados, comme Tao Dange, qui faisait équipe avec lui l’autre soir à Ezanville. Il concède quelques problèmes de vue mais jouit d’une ouïe parfaite – avec lui, inutile de répéter votre phrase. Portés par une grosse santé, le corps et l’esprit (« j’aime écrire ») restent vifs. 

« À 94 ans, on m’a mis une prothèse à la hanche droite. Je ne voulais pas d’une anesthésie générale ; pendant l’intervention, j’ai entendu le chirurgien dire à ses assistants : ‘’Je travaille sur les os et les muscles d’un homme de 50 ans’’ ».


Sur la feuille de match, avec ses coéquipiers de l’UMO Beaumont : Christian Rouleau-Pasdeloup, Jean-Jack Lucas et Tao Dange (photo J.-L. G.).

 

Franchement, il mériterait la Palme d’or des cannes (il a eu celle du bénévolat, entre autres distinctions). Ne lui demandez pas quel est son secret. Il n’en a pas. La génétique et l’optimisme l’emmènent très loin. Son alimentation : légumes et viande blanche, « sauf lors des repas de chasse où je m’autorise également un verre de whisky », glisse-t-il. Parce que c’est aussi un chasseur ! Sur des terres qu’il possède dans l’Oise, « le petit gibier et le gros gibier comme le cochon sauvage. » Insatiable, à ses 87 ans, cet amoureux de la nature a construit un mirador pour observer les oiseaux.

Retour au ping pong. Ce vendredi 23 novembre, la nuit est froide et pluvieuse mais pas question pour Jean-Paul de renoncer à ses matches. Quand il ne tient pas sa raquette, il encourage les copains, se réjouit d’une victoire de son coéquipier Jean-Jack Lucas. « J’ai joué contre une légende », nous glisse un joueur du club d’Ezanville-Ecouen. Son premier adversaire, Matthieu, âgé de… 14 ans, ne lui fait pas de cadeaux - ç’aurait été ne pas le respecter que de lui en accorder -, l’ado fait courir l’ancien aux quatre coins de la table. En short et dans ses couleurs traditionnelles tango et noir de l’Union municipale omnisports de Beaumont (UMOB), Jean-Paul se met en mode essuie-glace, se bat sur toutes les balles, arrache quelques points.

« Quatre-vingt-six ans d’écart, je ne peux pas rivaliser »,

lâche-t-il après la rencontre. Parfois, il trouve un octogénaire comme rival mais pour le centenaire, cela reste néanmoins presque un gamin. Minuit va sonner au gymnase d’Ezanville. C’est l’heure de rentrer à Beaumont.

« Le temps de manger un morceau, je me couche vers 2 heures du matin. »

 Réveil difficile ? « Non, je n’ai jamais de courbatures. » Solide comme le manche de sa raquette de la marque Szabados (du nom d’un grand champion hongrois d’avant-Guerre) qu’il utilise depuis 80 ans, Jean-Paul Boudeville est désormais centenaire. Joyeux anniversaire !


Il ne gagne plus souvent mais reste un compétiteur dans l'âme (photo J.-L. G.).

 

                       LES DATES

26 novembre 1918 : Naissance à Méru.

1928 : Ses parents lui offrent une raquette pour Noël.

1932 : Premier match en tournoi avec la section ping-pong de la Société des amis de la gaieté à Méru (dont il est aujourd’hui président d’honneur).

1936 : Création du Ping-pong club de Méru.

1943 : Création de la section tennis de table au Sport olympique de Persan-Beaumont.

1958 : Transfert du club à Beaumont qui devient le Ping-Pong club de Beaumont-Persan.

1962 : Affiliation du club à l’Union municipale omnisports de Beaumont.

1984 : Départ à la retraite après 30 ans passés à la tête d’un cabinet

d’assurances et d’immobilier à Beaumont.

1992 : Participation aux Championnats du monde vétérans en Irlande.

26 novembre 2018 : Il est centenaire !

                    QUELQUES CHIFFRES

90 ans de tennis de table.

74 ans dans le même club.

45 ans de présidence associative.

Source les3villessoeurs.com 

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