Interview de Gatien sur les Jeux Olympiques de Pékin 2008

Posté par Jérôme le 13 avr 2008 dans ActualitéPas de commentaires
Eurosport - Propos recueillis par François-Xavier RALLET - 12/04/2008 15:14
Source http://www.eurosport.fr/jeuxolympiques/pekin/2008/sport_sto1538908.shtml

Retraité depuis 2004, Jean-Philippe Gatien reste à ce jour le seul pongiste tricolore à avoir décroché une médaille individuelle aux Jeux Olympiques. Le Français sera à ceux de Pékin pour épauler certains Français comme la judokate Gévrise Emane et le triathlète Frédéric Belaubre.

JEAN-PHILIPPE GATIEN, au Tournoi de Qualification Olympique de Nantes, Christophe Legoût et Patrick Chila chez les messieurs et Xian Yi Fang chez les dames, se sont qualifiés en simple pour les JO. Une bonne nouvelle pour le tennis de table tricolore…

J-P.G. : C’est effectivement un soulagement, car depuis 1988 et l’entrée du tennis de table aux JO, on a toujours été représenté. Les résultats du week-end dernier étaient relativement indécis donc on est vraiment soulagé de savoir que deux garçons et une fille aillent à Pékin. Pour l’instant tout du moins car deux chances supplémentaires peuvent venir se greffer à cette sélection : Damien Eloi (NDLR : à Budapest du 8 au 11 mai) et Carole Grundisch (qualification mondiale). C’est tout de même une satisfaction pour la fédération française qui fera partie des acteurs majeurs des Jeux de Pékin. C’est incontournable.

A Pékin, le titre olympique peut-il échapper à un Chinois ?

J-P.G. : On ne sait jamais… Mais, effectivement, tout semble tendre vers le fait que les Chinois, depuis quelques années, répondent présent à chaque évènement majeur que ça soit les Championnats du monde, le Pro Tour, la finale du Pro Tour. Force est de constater que, sur ces JO, ils seront à nouveau omniprésents car ce sont les meilleurs joueurs du monde.

Quels seront les meilleures cartouches européennes ?

J-P.G. : Je pense à des individualités comme l’Allemand Timo Boll ou le Russe Vladimir Samsonov qui sont a priori performants ces derniers temps. Ils ont fait des bons résultats dernièrement. Je pense aux plusieurs victoires sur le Pro Tour de Samsonov notamment. La seule façon de positiver, c’est de se dire, qu’aux Jeux, il y a un quota de participation. Sur l’ensemble de la compétition messieurs, il n’y aura que trois Chinois alors que sur un championnat du monde, ils sont huit à dix et sont tous capables de battre les meilleurs Européens et de prétendre à un podium mondial.

Le fait que la compétition se déroule en Chine est-il un avantage pour les pongistes chinois ?

J-P.G. : Les forces en présence chinoises seront performantes, c’est certain, mais, comme à chaque JO, elles seront plus esseulées que d’habitude. Il y aura probablement une pression supplémentaire sur les Chinois car ça se passe chez eux. Toute une nation attend qu’ils brillent tous, qui plus est, dans un sport culturellement historique. Le tennis de table et la Chine est une relation privilégiée qui dure depuis des décennies et des décennies.

A ce jour, vous êtes le seul pongiste français à avoir décroché une médaille en invididuel aux Jeux. Pensez-vous qu’un Français soit capable de monter sur le podium à Pékin ?

J-P.G. : Cela sera excessivement difficile. Il ne faut jamais dire jamais et rien n’est impossible surtout sur des compétitions comme les Jeux où il peut y avoir plein de surprises. Aujourd’hui, les meilleurs joueurs français, Damien Eloi, Patrick Chila et Christophe Legoût, se situent aux alentours des 40, 50e places mondiales. Les dernières grosses épreuves ne leur ont pas permis de décrocher des médailles. Cela sera donc super délicat d’aller chercher une médaille là-bas. Je leur souhaite de tout coeur en tout cas…

Vous serez à Pékin pour le compte du Team Visa France. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?

J-P.G. : Le Team Visa est un programme qui implique des athlètes olympiques et paralympiques au travers d’un système de “montoring” : dans chaque pays, un athlète référent, qui a un énorme bagage olympique, est en contact récurrent avec des jeunes sportifs qui sont susceptibles de décrocher des médailles aux Jeux. En France, je m’occupe de la judokate Gévrise Emane, du triathlète Frédéric Belaubre, d’Ingrid Petitjean et Nadège Douroux en voile et de Sabrina Poignet en escrime handisport. L’idée est, qu’au travers des Jeux, de leur faire partager cette expérience-là que j’ai engrangée durant ma carrière et mes quatre participations olympiques, de mettre le doigt sur la spécificité des JO qui ne ressemblent à aucune autre épreuve, de les éclairer sur quelques incertitudes qu’ils auraient à ce niveau-là.

Vous avez arrêté votre carrière en 2004. Quel est désormais votre lien avec la ville de Levallois, votre ancien club ?

J-P.G. : A la suite de l’arrêt de ma carrière, je suis retourné à l’école. J’ai repris une formation, un master sport-management à l’ESSEC. J’ai terminé ce master en 2006 qui m’a permis de rebondir, de passer un peu de l’autre côté de la barrière, du côté de l’organisation avec un aspect un peu plus commercial. Sur le Grand-Prix de Levallois, je suis consultant pour l’organisation. Je travaille également avec l’un de mes anciens équipementiers sportifs Cornillaud qui souhaite se développer dans les produits-compétition. Je fais donc part de mon expertise.

Vous a-t-on déjà proposé de devenir entraîneur ou DTN ?

J-P.G. : Non, jamais. C’est vrai que c’est la chose la plus automatique qui vient à l’esprit, encore faut-il que cette vocation d’entraîneur soit présente au sein de l’athlète qui met fin à sa carrière. Je ne suis pas convaincu qu’un athlète qui a eu une belle et riche carrière sera forcément un bon entraîneur. Transmettre, cela s’apprend. Quand j’ai arrêté, j’ai eu le sentiment que de replonger comme ça dans le métier d’entraîneur, cela signifiait que je devais tomber à nouveau dans cette exigence de vie qui nécessite des déplacements, un investissement de temps très important. De mon côté, j’avais surtout envie de me poser, de profiter de ma famille, de mes enfants. Ce que je n’avais pas connu depuis longtemps. Aujourd’hui, je ne ressens pas le besoin et l’envie de retomber là-dedans. Peut-être plus tard…

Vous avez créé l’association Ping Attitude. Pouvez-vous nous en parler un peu plus ?

J-P.G. : Je préside cette association qui a comme philosophie générale de développer des actions essentiellement autour du tennis de table avec des enfants. Il y a trois axes principaux. Social tout d’abord car nous travaillons dans des quartiers, je dirai, plus ou moins défavorisés. On essaye d’amener un apprentissage du tennis de table, notamment dans la ville et le club de Saint-Denis. Cela fonctionne très bien. En gros, on a 80 enfants chaque semaine (mardi et jeudi) qui viennent jouer avec les entraîneurs que l’on met à leur disposition. On est présent sur Grenoble également. Il y a aussi un axe éducatif où l’on intervient dans des lycées sensibles pour greffer sur l’apprentissage du tennis de table des interventions orales sur le sport, les valeurs et les métiers du sport, les sujets d’actualité. Cette année, on parle des Jeux Olympiques par exemple. Le dernier axe est nommé “bien être-santé”. Tous les lundis, on va jouer avec des enfants hospitalisés à la maison de Solenne à l’hôpital Cochin à Paris. J’aimerais rajouter également que cette année, on a décidé avec l’association Ping Attitude d’emmener une semaine deux jeunes de Saint-Denis et leur éducatrice à Pékin avec nous. Cela va leur permettre de s’ouvrir sur une autre culture et de vivre le plus gros évènement sportif du monde. Cela va être sympa…

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